Si vous possédez un vieux fusil juxtaposé hérité de votre grand-père, vous vous êtes probablement demandé s’il devait figurer dans le Système d’Information sur les Armes. La réponse pourrait vous surprendre : dans de nombreux cas, la déclaration n’est pas obligatoire.

L’exception de décembre 2011 : quels fusils échappent à la déclaration
La réglementation française prévoit une dispense totale de déclaration pour les fusils à canon lisse acquis avant le 1er décembre 2011. Cette exception découle de l’article 18 du décret du 7 octobre 2011, adopté suite à la transposition de la directive européenne sur les armes.
Cette mesure concerne exclusivement les fusils de chasse traditionnels à canon lisse ne tirant qu’un seul coup par canon. Concrètement, sont exemptés de déclaration :
- Les fusils juxtaposés acquis avant le 1er décembre 2011
- Les fusils superposés de même période
- Les mono canons sans système de magasin
La particularité remarquable de cette disposition réside dans sa souplesse administrative. Aucune preuve d’achat n’est exigée. Lors d’un contrôle, votre simple déclaration affirmant que l’arme a été acquise avant décembre 2011 suffit. Cette approche pragmatique reflète la confiance accordée aux détenteurs légaux et reconnaît l’impossibilité pratique de justifier l’acquisition d’armes parfois transmises de génération en génération.
Selon le Code de la sécurité intérieure, cette exception reste en vigueur sans modification législative depuis son adoption.
Quelles armes restent soumises à déclaration obligatoire
L’exception ne couvre qu’une catégorie limitée d’armes. Tous les autres types de fusils de chasse doivent être déclarés au SIA, quelle que soit leur date d’acquisition. Cette obligation concerne notamment les armes suivantes :
- Fusils semi-automatiques (y compris les anciens modèles)
- Fusils à pompe
- Fusils à levier de sous-garde
- Carabines à canon rayé de toutes catégories
Depuis 2018, les armes à canon lisse sont classées en catégorie C1°c. Cette harmonisation a simplifié le cadre légal en alignant leur régime déclaratif sur celui des armes rayées. Les fusils semi-automatiques, même acquis dans les années 1970, restent donc soumis à déclaration.
Une subtilité mérite attention : certains fusils à chiens extérieurs antérieurs à 1900, correctement documentés, peuvent être classés en catégorie D. Cette classification les dispense de toute obligation déclarative, une particularité qui concerne notamment certains modèles Darne à culasse Rotary.
| Type d’arme | Acquise avant 2011 | Acquise après 2011 |
|---|---|---|
| Fusil juxtaposé | Pas de déclaration | Déclaration obligatoire |
| Fusil superposé | Pas de déclaration | Déclaration obligatoire |
| Fusil semi-automatique | Déclaration obligatoire | Déclaration obligatoire |
| Carabine rayée | Déclaration obligatoire | Déclaration obligatoire |
Créer son compte SIA : une démarche recommandée même sans obligation
Bien que votre ancien fusil échappe à l’obligation de déclaration, créer un compte sur le Système d’Information sur les Armes reste une démarche judicieuse. Les détenteurs d’armes chasseurs ont jusqu’au 31 décembre 2024 pour effectuer cette inscription numérique.
Cette plateforme centralisée offre plusieurs avantages pratiques. Elle permet de gérer votre râtelier numérique, de suivre vos acquisitions futures et de faciliter les démarches administratives liées à vos armes. Après la création de votre compte, vous disposez d’une période de six mois pour corriger et compléter les informations de votre inventaire personnel.
Le site du Ministère de l’Intérieur propose un guide complet pour accompagner cette démarche d’inscription.
Vente et transmission : l’exception prend fin
L’exception de 2011 connaît une limite importante lors des changements de propriétaire. En cas de vente, cession, don ou héritage, même les armes détenues depuis avant 2011 doivent obligatoirement être déclarées via le passage chez un armurier agréé.
Cette règle s’applique également aux transmissions familiales. Si vous souhaitez léguer votre fusil juxtaposé à votre fils ou votre petit-fils, l’arme devra faire l’objet d’une déclaration formelle. Le professionnel de l’armurerie se chargera des formalités et enregistrera l’arme dans le SIA au nom du nouveau détenteur.
Des opérations nationales d’abandon simplifié sont régulièrement organisées par les autorités. Ces dispositifs permettent soit d’abandonner une arme non désirée, soit d’enregistrer une arme détenue à domicile, avec la garantie de n’encourir aucune poursuite judiciaire.
L’ampleur du phénomène et la stabilité réglementaire
Les chiffres officiels révèlent l’ampleur de cette situation. Les estimations indiquent qu’au moins 2 millions de résidents français détiendraient des armes non déclarées, souvent héritées ou acquises avant la mise en place du SIA. La France compte par ailleurs près de 5 millions de détenteurs légaux d’armes.
Ces statistiques expliquent le maintien de l’exception accordée. Imposer rétroactivement la déclaration de plusieurs millions d’armes aurait créé une surcharge administrative insurmontable et pénalisé injustement des détenteurs de bonne foi.
Aucune évolution législative n’est venue modifier ce régime depuis 2011. La réforme du SIA s’est effectuée à droit constant, préservant les acquis des détenteurs d’armes anciennes. Bien que certaines voix recommandent officieusement la déclaration volontaire de ces fusils, aucune disposition du Code de la Sécurité Intérieure n’impose cette obligation.
Cette stabilité juridique permet aux chasseurs de planifier sereinement leurs activités. Pour les pratiquants réguliers, connaître précisément le statut de chaque arme évite les mauvaises surprises lors des contrôles et garantit une pratique de la chasse en toute légalité.